Les Protecteurs – Philippus

Ce texte fait partie d’une idée de série fantastique mettant en scène des personnages dotés de pouvoirs surnaturels.
Dans cette nouvelle, on découvre le premier d’entre eux, Philippus.
Cette nouvelle a participé au Tournoi des Nouvellistes organisés par le site Nouveau Monde en 2016.

Vous pouvez également retrouver ce texte, ainsi que les autres textes participants, dans le livre 1 qui est en téléchargement gratuit à cette adresse :
http://notre-nouveau-monde.blogspot.fr/2016/12/revue-sfff-nouveau-monde-hors-serie-n4.html#more

 

*****

La nuit était tombée sur Rome et, à cette heure avancée, seule la pleine lune éclairait les rues de la ville.
Dans sa chambre, le général Philippus dormait profondément avec Tullia, son épouse. Malgré son jeune âge, vingt-sept ans, il s’était déjà illustré dans de nombreuses batailles et sa vaillance lui avait valu de vite monter en grade. Soudain, un vagissement aigu les tira du sommeil. Encore mal réveillé, le jeune homme réalisa que sa fille Octavia pleurait, sans doute après avoir fait un cauchemar. Tullia se leva et mais il ne bougea pas, laissant sa femme aller consoler leur enfant. Philippus allait retomber dans les limbes du sommeil quand un cri perçant, poussé cette fois par Tullia, le fit brusquement sursauter. Réagissant aussitôt, il bondit hors du lit et saisit son glaive, avant de courir vers la chambre d’Octavia.
Lorsqu’il pénétra dans la pièce, il se figea en poussant un cri d’horreur : une femme de haute taille tenait son épouse contre elle, sa bouche enfoncée dans son cou. Au sol, Octavia gisait telle une poupée désarticulée, au milieu d’une flaque de sang. Glacé, l’officier réalisa que les légendes qui, pour lui, n’étaient que des contes, s’avéraient réelles et qu’un monstre attaquait sa famille. Sortant de son immobilité, Philippus leva son glaive et s’approcha de la créature :
— Lâche-la !
La bête releva la tête pour le fixer et un rictus cruel étira sa bouche tandis qu’elle passait lentement sa langue sur ses lèvres écarlates, semblant le narguer.
Le général se jeta sur elle au moment où elle laissait tomber Tullia. D’un geste souple, la créature évita le coup qu’il lui porta de son arme et le frappa du revers de son bras, le jetant à terre avec une force surprenante. Philippus lâcha son glaive qui glissa sur le sol de marbre, hors de sa portée. Le monstre le fixa de ses yeux glacés et éclata de rire, avant de se tourner vers le balcon et d’y marcher tranquillement. L’officier tenta de se relever pour reprendre le combat, mais n’y parvenait parvint pas, cloué par une force surnaturelle. Il ne put qu’observer son adversaire, gravant ses traits dans sa mémoire, pour la retrouver.
La bête se percha sur la rambarde et lui lança un dernier regard, comme pour le narguer une nouvelle fois, avant d’ouvrir de larges ailes, comme rappelant celles d’une chauve-souris, et de se jeter au-dessus des maisons de la ville.
Aussitôt, le général retrouva sa liberté de mouvement et se précipita vers Tullia qui gisait à terre, face contre le sol. Il la retourna et poussa un gémissement en découvrant sa gorge déchiquetée, qui laissait couler un filet de sang sur ses cheveux blonds. Ses yeux vitreux le fixaient sans le voir, elle avait déjà rejoint le royaume de Pluton. Tout en serrant son corps contre lui, Philippus se mit à sangloter sans pouvoir se retenir. Ses yeux pleins de larmes se posèrent sur Octavia et il sut aussitôt que, comme pour sa mère, toute vie avait quitté ce petit corps. Il réalisa alors quel monstre avait anéanti sa famille, une stryge…
Au moment où résonnaient les pas précipités des serviteurs attirés par les cris et les bruits du bref combat, le général se mit à hurler sans pouvoir s’arrêter, fou de douleur.

***

Philippus errait dans sa demeure, accablé par la perte brutale des siens. La nuit précédente s’étaient déroulées les funérailles de Tullia et d’Octavia et, désormais, il était seul. Dans un état second, il avait assisté aux rituels, sans réaction face aux flammes qui dévoraient les deux corps. La stryge lui avait arraché sa seule famille, les deux êtres qui lui importaient le plus.
Le général venait d’apprendre que, dans quelques jours, sa légion rejoindrait la Gaule pour une nouvelle campagne ; il se noierait dans les combats pour oublier le malheur qui l’avait frappé. Tullia était dans la fleur de l’âge et Octavia n’avait qu’un an, ce n’était encore qu’une enfant innocente ;, elles ne méritaient pas un tel sort.
Au fond de lui, aussi forte que la douleur, une froide résolution grandissait, celle de venger sa femme et sa fille chéries en retrouvant la stryge et en la tuant, afin qu’elle ne fasse plus jamais de mal. Pour l’aider, il avait fait appel à un réseau d’espions très particulier, celui de Marcus et de ses compagnons d’infortune. L’homme, un ancien légionnaire que la vie n’avait pas épargné, mendiait dans les rues de Rome, ce qui lui permettait de glaner discrètement de précieuses informations. Philippus, qui s’était lié d’amitié avec lui, l’avait lancé sur les traces du monstre, persuadé que le carnage ne s’arrêterait pas là. Le jeune homme était résolu, dès qu’ils l’auraient localisée, à tuer la stryge. Il risquait d’y laisser la vie, mais n’en avait cure : il avait perdu tout ce à quoi il tenait, plus rien ne pouvait l’affecter à présent.

***

Marcus se présenta le lendemain matin, annonçant au général qu’une créature correspondant à la description de son assaillante avait été aperçue la nuit précédente rôdant au-dessus d’ dans un des quartiers les plus misérables de Rome. Le mendiant lui proposa de l’y conduire à la tombée de la nuit, car la stryge allait sûrement y revenir, n’ayant attaqué personne lors de sa venue. Philippus accepta et lui ordonna de revenir le chercher au crépuscule, après lui avoir donné un aureus d’or pour le récompenser.
Une fois seul, le jeune homme se prépara pour son expédition nocturne, vérifiant son armement et ses protections. Gracchus, son fidèle serviteur, s’inquiétait de son projet et tenta de le convaincre d’y renoncer. Peu disposé à l’écouter, Philippus le rabroua et lui ordonna de le laisser seul, pour prier. Après son départ, le général gagna l’autel des Dieux Lares et s’agenouilla devant lui, leur demandant de l’aider à vaincre la stryge, pour qu’elle ne fasse plus jamais de victimes.
Alors qu’il était abîmé dans ses suppliques, un étrange phénomène se produisit en lui, comme une sorte d’énergie qui naissait naquit dans son cœur et se propageait propagea dans le reste de son corps. Interloqué car il n’avait jamais rien ressenti de tel, Philippus se demanda ce que cela signifiait, espérant qu’il ne s’agissait pas là d’un mauvais présage pour l’affrontement à venir. La sensation diminua, mais sans disparaître complètement, le troublant plus qu’il ne voulait l’avouer. Il décida toutefois de garder le silence à ce sujet et de n’en parler à personne.

***

À la nuit tombée, le général suivit Marcus dans les méandres de la ville. Philippus s’était équipé de son glaive et d’une dague, et sa cuirasse, ornée d’une silhouette de loup, couvrait sa poitrine. Le jeune homme avait dissimulé le tout sous une cape noire dont il avait rabattu le capuchon sur sa tête, pour ne pas attirer l’attention. Il savait que si une patrouille le reconnaissait, les soldats insisteraient sans doute pour l’accompagner. Or, il voulait affronter seul le monstre qu’il poursuivait, il en faisait une affaire personnelle. C’était pourquoi il se glissait dans l’ombre des maisons, presque comme un voleur, se collant aux murs en suivant son guide.
Bientôt, ils parvinrent à une petite place entourée de maisons délabrées, à l’aspect misérable. Marcus l’entraîna sous un porche et lui souffla, en désignant la bâtisse en face d’eux :
— C’est là que la bête est venue la nuit dernière, elle rôdait autour du balcon.
Philippus savait que les stryges avaient la réputation de s’en prendre aux bébés qu’elles vidaient de leur sang, mais aussi aux femmes, comme il l’avait appris à ses dépens. Il interrogea le mendiant en chuchotant :
— Il y a des enfants dans cette maison ?
— Oui, deux bébés nés il y a quelques jours. Leur mère a failli mourir en les mettant au monde, elle est encore faible.
— Trois proies faciles, donc…
Une sombre colère étouffa Philippus, surmontant le chagrin qui lui broyait le cœur. Il se promit que le monstre ne détruirait pas cette famille comme il avait détruit la sienne.
Un brusque mouvement le fit sursauter : dans un bruissement léger, la stryge apparut dans le ciel et se posa sur la rambarde du balcon. Ses ailes se replièrent dans son dos tandis qu’elle disparaissait dans l’obscurité de la pièce.
Aussitôt, le général se précipita vers la maison en dégainant son glaive, décidé à empêcher le pire. Marcus avait prévenu ses habitants qui n’avaient pas verrouillé la porte et, pour se protéger, s’étaient regroupés dans une seule pièce. Des cris hurlements de peur résonnèrent à l’étage et Philippus se lança dans les escaliers pour arriver avant que la créature n’ait commencé sa sinistre besogne. Au même moment, la sensation étrange de l’après-midi, cette énergie qui semblait naître en lui et s’étendre à tout son corps, s’intensifia, mais il ne s’en soucia pas, concentré sur son but.
Il déboucha dans une chambre où une femme brune très pâle, au visage émacié, allongée dans un lit, serrait contre elle deux nouveaux- nés qui pleuraient. Un homme, sans doute son mari, s’interposait face à la stryge qui approchait lentement de ses proies, un rictus cruel aux lèvres ; il n’avait qu’un bâton pour se défendre, arme dérisoire qui ne suffirait pas contre elle.
L’intrusion du général attira l’attention du monstre qui tourna la tête et plissa les yeux en le voyant ; il lui cria :
— Me reconnais-tu, créature des Enfers ? Je suis venu pour te tuer, pour venger ma femme et ma fille !
La bête poussa un cri qui résonna comme une moquerie et tendit la main vers lui : comme la fois précédente, Philippus sentit une force invisible le clouer sur place, l’empêchant de bouger. Il commença à lutter pour s’en défaire et, soudain, réalisa que l’étrange énergie qui l’avait envahi l’y aidait, le libérant peu à peu des liens magiques.
La stryge avait reporté son attention sur ses futures victimes, persuadée d’être débarrassée de l’officier pour l’instant. Elle tendit le bras dans un geste fulgurant et cassa net le bâton, avant d’enfoncer brutalement ses ongles, devenus des griffes, dans le ventre de l’homme, le déchirant sans pitié. Celui-ci s’effondra au sol en hurlant de douleur, tenant la blessure pour tenter d’en endiguer le flot.
À cet instant, Philippus retrouva sa liberté de mouvement le contrôle de son corps. Sans attendre, il se rua sur la stryge et abattit son arme sur le bras de la créature, le coupant net. Celle-ci poussa un cri strident tandis que le sang giclait de son membre coupé et se retourna vers son agresseur.
Marcus, qui avait suivi le général, tira le blessé à l’écart, près du lit, pour le mettre à l’abri et laisser le champ libre à son compagnon.
Malgré sa plaie, la stryge avait gardé toute sa force ; elle frappa Philippus de son bras membre restant, l’envoyant contre le mur. Il le heurta rudement et glissa à terre, étourdi. La créature fondit sur lui, ses ailes déployées. L’officier leva son glaive, visant la poitrine, et la bête s’empala sur la lame. Poursuivant son attaque, Philippus sortit sa dague et l’utilisa pour infliger une large plaie au cou de la stryge, avant de la repousser d’un coup de pied. Le monstre roula au sol, tandis que ses ailes se cassaient sous lui. Le général se releva à toute vitesse et, brandissant son glaive, décapita la créature d’un geste net. La tête roula contre le mur, ses yeux devinrent vitreux et son corps s’effondra en poussière.
Essoufflé, Philippus contempla ce qui restait de son adversaire enfin vaincu, avant d’entendre un râle derrière lui ; il se retourna et découvrit Marcus qui essayait d’arrêter le flot qui coulait de la blessure béante de l’homme. L’officier se précipita vers eux et vit le mendiant secouer la tête en silence, sous-entendant que tout effort était vain et que le blessé allait mourir. Au fond de lui, une petite voix ordonna à Philippus d’empêcher celade l’empêcher et, sans vraiment savoir ce qu’il faisait, il écarta la main de Marcus pour poser la sienne à sa place, sur les chairs déchiquetées. L’énergie sembla se concentrer dans sa paume, devenant une chaleur bienfaisante, et Philippus hoqueta en sentant celle-ci se transmettre à l’homme. Sous ses doigts, la peau se refermait et le sang cessait de couler, ne laissant que la marque blanche des griffes, comme une cicatrice.
Marcus ouvrit de grands yeux et balbutia, incrédule :
— Par Jupiter, qu’est-ce que vous avez fait ?
Tremblant malgré lui, le général leva sa main et observa sa paume ensanglantée : il ne comprenait pas ce qui venait de se passer, d’où sortait émanait cette puissance qui l’avait empêché de succomber aux sortilèges de la bête, puis lui avait permis de sauver cet homme ? Une seule chose était sûre, ce miracle s’était produit, et l’avenir lui dirait sans doute ce que cela signifiait. Pour l’heure, seule importait sa réussite : il avait vaincu la stryge, Tullia et Octavia étaient vengées.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :